DPE et bâti Art Déco à Reims

Mis à jour : juillet 2026

En bref

Détruite à près de 80 % pendant la Première Guerre mondiale, Reims s'est reconstruite en moins de vingt ans, dans les années 1920-30, au point de devenir l'une des capitales françaises de l'Art déco : bibliothèque Carnegie, Halles du Boulingrin, centaines d'immeubles de rapport à vitraux et ferronneries. Ce bâti de brique et de béton primitif, élevé avant toute réglementation thermique, n'a jamais été isolé d'origine : au DPE, il sort le plus souvent en D, E, voire F, d'autant que le climat rémois de zone H1 alourdit le calcul.

Dans le centre, le site patrimonial remarquable et l'avis des Architectes des Bâtiments de France encadrent les façades ; le décret du 18 août 2023 prévoit des dérogations pour ce bâti contraint. Des solutions compatibles existent : toiture, isolation intérieure, menuiseries adaptées, sans dénaturer le patrimoine.

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Pourquoi Reims est-elle une capitale de l'Art déco ?

La réponse tient en une date : 1918. Au sortir de la Grande Guerre, Reims est détruite à près de 80 %, cathédrale bombardée comprise. La ville se relève en moins de vingt ans : la bibliothèque Carnegie, offerte par le mécénat américain et inaugurée en 1928, en reste le manifeste, avec les Halles du Boulingrin et des centaines d'immeubles de rapport des années 1920-30.

Cette reconstruction massive donne au centre rémois une unité rare : bow-windows, mosaïques, vitraux et ferronneries dessinent des rues entières. Notre article sur l'Art déco et la Reconstruction retrace cette histoire et ses conséquences énergétiques.

Brique et béton primitif : un bâti jamais isolé d'origine

Derrière les façades ouvragées, la technique des années 1920 : murs porteurs en brique pleine, ossatures et planchers en béton armé de première génération, dit béton primitif, simple vitrage d'origine. Aucune réglementation thermique n'existait, la première datant de 1974 : ces immeubles n'ont jamais été conçus pour retenir la chaleur.

Sous le climat continental rémois, le résultat au DPE est prévisible : sans travaux, la plupart des logements de la Reconstruction sortent en D, E, parfois F. La note se joue alors sur le chauffage et l'isolation hivernale, premier poste de consommation en zone H1.

SPR et ABF : rénover sous protection patrimoniale

Le centre reconstruit est couvert par un site patrimonial remarquable (SPR), auquel s'ajoutent les abords de la cathédrale inscrite à l'UNESCO. Toute intervention visible depuis l'espace public, façades, toitures, menuiseries, passe sous l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France.

L'isolation par l'extérieur qui masquerait briques, bas-reliefs ou ferronneries est le plus souvent exclue, et les menuiseries de remplacement doivent respecter les dessins d'origine. Les vitraux des cages d'escalier, signatures de l'Art déco rémois, sont à préserver, pas à sacrifier.

La dérogation du décret du 18 août 2023

Le droit a pris acte de ces contraintes. Le décret du 18 août 2023 prévoit des dérogations lorsque des contraintes techniques, architecturales ou patrimoniales empêchent d'atteindre le niveau de performance normalement exigé : refus de l'ABF, risque de pathologie du bâti, coûts manifestement disproportionnés.

Dans ces situations, une rénovation peut être reconnue performante en s'arrêtant à la meilleure classe atteignable. Pour un immeuble Art déco du centre, ce cadre évite l'impasse : on documente refus et contraintes, puis on optimise ce qui reste permis.

Des solutions compatibles avec le patrimoine

Un audit énergétique hiérarchise les travaux et chiffre les gains, contraintes du secteur protégé comprises. Sans toucher aux façades, plusieurs leviers font gagner des classes :

  • Isolation de la toiture et des combles, invisible depuis la rue et très rentable en zone froide.
  • Isolation des murs par l'intérieur, avec des matériaux adaptés à la brique ancienne pour laisser respirer les parois.
  • Menuiseries bois à double vitrage reprenant les dessins d'origine, ou survitrage discret côté vitraux.
  • Modernisation du chauffage et de la régulation, à l'échelle du logement ou de la copropriété.
  • Ventilation maîtrisée, indispensable dès que l'on étanchéifie un bâti ancien.

Questions fréquentes

Un appartement Art déco des années 1920 est-il forcément mal classé ?

Non, mais il part de loin : sans travaux, ce bâti jamais isolé d'origine sort le plus souvent en D, E ou F. Toiture, isolation intérieure et menuiseries adaptées font nettement remonter la note.

Puis-je isoler ma façade par l'extérieur dans le centre de Reims ?

Rarement : dans le site patrimonial remarquable et aux abords de la cathédrale, l'ABF refuse en général de voir disparaître briques, bas-reliefs et ferronneries sous un isolant. On travaille alors par l'intérieur et la toiture.

Que se passe-t-il si l'ABF bloque les travaux nécessaires ?

Le décret du 18 août 2023 prévoit des dérogations pour le bâti sous contraintes architecturales ou patrimoniales : la rénovation peut être reconnue performante à la meilleure classe atteignable, refus et contraintes documentés à l'appui.

Faut-il remplacer les vitraux pour améliorer le DPE ?

Non. Les vitraux et impostes se conservent : survitrage discret ou menuiseries performantes sur les autres ouvertures suffisent. L'essentiel du gain vient de la toiture et des murs, pas de ces éléments décoratifs.

L'amiante est-elle un sujet sur ce bâti des années 1920 ?

Rarement : la Reconstruction précède la diffusion massive de l'amiante. Sur les immeubles Art déco, c'est plutôt le plomb des peintures d'avant 1949 qui appelle un constat lors d'une vente ou d'une location.

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